La 14e réunion ministérielle des pays membres de l'Organisation mondiale du commerce à Yaoundé, au Cameroun, le 28 mars 2026. Photo: OMC/fourni par REUTERS |
Des résultats limités
À l’approche de la conférence de Yaoundé, première conférence ministérielle depuis le retour du président américain Donald Trump à la Maison-Blanche, les priorités de réforme ont été clairement identifiées. Il s’agit d’adapter le mécanisme de décision qui exige l’unanimité des 166 membres, de réviser les règles de traitement spécial et différencié pour les pays en développement, et de relancer un mécanisme de règlement des différends paralysé depuis des années. La conférence a également pris en compte les préoccupations concernant la concurrence déloyale et les surcapacités, tout en examinant le maintien du principe de la «nation la plus favorisée», qui oblige à étendre à tous les membres tout avantage commercial accordé à un seul partenaire.
Par ailleurs, l’OMC devait impérativement se mettre d’accord sur le prolongement de l’accord sur le commerce électronique, en particulier la suspension des droits de douane sur les transactions numériques comme les téléchargements de logiciels, de films ou de données. Ce mécanisme, en vigueur depuis 1998, expirait en mars, et la majorité des membres proposait de le prolonger jusqu’en 2031. Mais les divergences entre les États-Unis et plusieurs grandes économies telles que le Brésil, la Turquie et l’Inde, ont bloqué les négociations, et la CM14 s’est terminée sans avancée. Les États-Unis souhaitaient une prolongation permanente tandis que d’autres pays favorisaient un allongement par étapes ou voulaient utiliser ce dossier pour faire pression sur d’autres sujets, notamment l’agriculture. L’échec à trouver un accord soulève des inquiétudes sur les flux commerciaux numériques, moteur clé de la croissance mondiale ces deux dernières années, comme l’estime le secrétaire général de la Chambre de commerce internationale (CCI), John Denton.
“Nous traversons l’un des chocs industriels les plus graves de ces dernières années. Les tensions dans le détroit d’Ormuz et les perturbations des chaînes d’approvisionnement compliquent fortement les échanges de biens et de services dans le monde. Dans le même temps, la transparence et la prévisibilité du système commercial sont de plus en plus fragilisées. Dans ce contexte, l’OMC est attendue pour stabiliser la situation et soutenir le commerce mondial, comme le demandent les entreprises”, a-t-il indiqué.
Pour apaiser les inquiétudes, l’OMC a annoncé de nouvelles réunions en mai à Genève, en Suisse, pour relancer l’accord sur la suspension des droits de douane dans le commerce électronique. Le président de la CM14, le ministre camerounais du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a indiqué que les négociations entraient dans leur phase finale, avec seulement quelques points de blocage entre certains membres. Globalement, l’OMC se montre plutôt optimiste et estime qu’un accord pourrait être trouvé dès cet été.
Le siège de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Genève, en Suisse. Photo: REUTERS/Denis Balibouse |
Un nouveau regard pour l’OMC
Un accord sur le commerce électronique est jugé essentiel pour maintenir le soutien des États-Unis à l’OMC alors que Washington montre des signes de recul vis-à-vis des institutions multilatérales. Dans ce contexte, les résultats de la CM14 fragilisent quelque peu le rôle de l’organisation, déjà mise à l’épreuve dans le règlement des différends commerciaux ces dernières années.
Certains observateurs s’inquiètent d’un enlisement des négociations, de la CM13 en 2024 à Abou Dhabi jusqu’à la CM14, qui pourrait affaiblir la confiance des États membres dans la capacité de l’OMC à se réformer. Mais la directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, se montre plus optimiste. Selon elle, les membres sont aujourd’hui plus conscients que jamais de la nécessité d’adapter le système commercial mondial aux évolutions géopolitiques et géoéconomiques, et ont affiché à la CM14 leur volonté d’avancer sur les réformes.
“Nous testons une nouvelle façon de travailler et cherchons à appliquer les réformes que nous voulons mettre en place. Les discussions ont été plus simples et plus fluides. Au lieu de négocier longuement des textes, les ministres ont surtout parlé des réformes et des évolutions récentes du commerce. Le commerce mondial traverse une période difficile, et les ministres ont échangé sur ces défis, ainsi que sur les changements à engager”, a-t-elle révélé.
Partageant ce point de vue, la directrice exécutive du Centre du commerce international (ITC), Pamela Coke-Hamilton, estime que si les pressions et les appels à réformer l’OMC sont légitimes, il faut aussi reconnaître que l’organisation traverse une période de défis sans précédent depuis plusieurs décennies. Selon elle, les efforts de réforme doivent donc être menés dans un esprit constructif, afin de renforcer le rôle central de l’OMC dans le système commercial multilatéral, plutôt que de chercher à mettre en place un mécanisme alternatif.
“Cette relance est vitale pour l’OMC. À mon sens, Ngozi Okonjo-Iweala cherche à réunir toutes les parties autour de la table pour redémarrer le processus. L’objectif n’est pas seulement de résoudre immédiatement les problèmes, mais surtout de définir une feuille de route permettant à l’OMC d’avancer en tant qu’institution multilatérale”, a-t-elle souligné.
Selon les économistes, malgré des résultats en deçà des attentes, la réunion au Cameroun a permis quelques avancées. L’OMC a notamment esquissé une feuille de route de réforme plus large, avec l’objectif d’améliorer le processus de décision dans un système fondé sur le consensus, souvent paralysé par certains États membres.
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